Le BIM entre obligation et encouragement, un état des lieux du BIM dans le monde (+15 pays)


Le BIM entre obligation et encouragement, un état des lieux du BIM dans le monde (+15 pays)

Le BIM entre obligation et encouragement, un état des lieux du BIM dans le monde (+15 pays)

Yousra TALHA, Responsable département BIM chez Expert Eye Engineering (Maroc), ex. chargée d’affaires et coordinatrice BIM chez ALTICOR.
Zakariae ELJEMLI, consultant en stratégies digitales chez Wavestone (France), ex.BIM Manager chez Vestack et BIM Consultant chez Dassault Systèmes.

En pleine effervescence technologique, le domaine de la construction, à l’instar d’autres secteurs (aéronautique, industrie automobile, etc) connaît actuellement sa propre « révolution numérique ». Maquette numérique, VR, IoT, AI et bien d’autres applications et innovations révolutionnent de plus en plus les outils et procédures de la construction.

En parlant de l’innovation dans le domaine de la construction, nous constatons une réalité mondiale : différents acteurs du domaine s’empressent d’adopter le BIM comme outil stratégique permettant de réaliser des économies de coûts, d’améliorer l’efficacité de la productivité et des opérations, de renforcer la qualité des infrastructures et d’obtenir les meilleures performances environnementales.

Toutefois, l’adoption du BIM ne se fait pas à la même vitesse dans les différents coins de la terre. Le Royaume-Uni, Singapour et les pays scandinaves semblent les plus avancés dans la mise en place de cette méthode collaborative disruptive et l’ont déjà rendue obligatoire dans leurs projets. D’autres pays, en revanche, sont limités à l’établissement de directives pour encourager et accélérer le déploiement du BIM.

Dans cet article, nous examinons plus en détails la situation actuelle de l’adoption du BIM dans le monde.

Les pays européens (hors pays scandinaves) :

En France, le BIM est fortement recommandé dans les projets. Le plan PTNB (Plan de Transition Numérique dans le Bâtiment) a rendu public la feuille de route de normalisation depuis 2017. Elle vise notamment à améliorer la qualité des données échangées, réduire les délais, améliorer l’efficacité des processus de partage de données, réduire les erreurs/conflits et réduire les coûts globaux des projets

Au niveau gouvernemental, l’usage du BIM et de la maquette numérique est fortement encouragé par l’État, en témoigne la signature de la charte « Plan BIM 2022 » lancée en décembre 2017. En mars 2016, le premier permis de construire BIM a été déposé en France pour un programme résidentiel de plus de 100 logements locatifs sociaux.

Sur le volet de formation, plusieurs mastères spécialisés sur le BIM sont dispensés dans les grandes écoles françaises (École des Ponts, ESTP, etc) et plusieurs modules ont été intégrés dans d’autres formations généralistes (Centrale, Polytech, INSA, etc) pour suivre cette tendance technologique.

En Allemagne, l’État avait pour objectif de rendre le BIM obligatoire vers fin 2020, mais cet objectif a été difficilement atteignable étant donné que l’Allemagne est un État fédéral composé de 16 états autonomes/semi-autonomes et des autorités locales.

Au Pays-Bas, le BIM a été rendu obligatoire depuis 2012. Cette obligation a été faite par le Ministère Néerlandais de l’Intérieur (RGD) sur les grands projets publics supérieurs à 7000 m² pour la conception ainsi que pour la gestion et la maintenance des bâtiments et infrastructures une fois construits.

En Espagne, d’innombrables initiatives ont été entreprises. En 2014, le Ministère du Développement a pris l’initiative d’organiser une table ronde rassemblant les secteurs public et privé pour réfléchir au développement du BIM en Espagne. Suite à cette table ronde, en juillet 2015, la ministre de l’Équipement espagnole, Anna Pastor, a annoncé la création de la commission esBIM chargée de l’élaboration d’une stratégie nationale pour le déploiement du BIM. Comme premier rendu de cette commission, une feuille de route a été élaborée en 2016 détaillant le rôle de chacun et assurant la complémentarité des travaux réalisés. Ils ont prévu de mettre en place une première réglementation sur le BIM en décembre 2018 concernant les bâtiments publics, avant d’étendre l’obligation aux infrastructures en juillet 2019, mais aucune nouvelle depuis sur le sujet.

Pour la Catalogne, elle a adopté en 2017 les standards IFC pour la diffusion des processus BIM dans toutes les phases du bâtiment. Une charte et un programme des objectifs à atteindre ont été publiés. Le gouvernement catalan a lancé un projet de loi rendant obligatoire l’usage du BIM dans le cadre des travaux publics en 2019. Est-ce qu’il a été approuvé ou non ? Nous n’en savons rien.

En Suisse, le BIM avance doucement mais sûrement. Commençons par la première initiative de la Conférence de coordination des services de la construction et des immeubles, des maîtres d’ouvrage publics (KBOB) qui a mis en ligne un ensemble de documents décrivant l’application de la méthodologie BIM dans le cadre des appels d’offres pour les ouvrages publics en Suisse (Pour plus d’informations : https://www.kbob.admin.ch/kbob/fr/home/themen-leistungen/digitales-bauen.html). Une deuxième initiative remarquable a été entreprise afin d’accélérer l’adoption du BIM en Suisse : le « Glossaire national de la numérisation dans l’industrie de la construction et de l’immobilier » qui a été publié en Décembre 2021. Il met à disposition une terminologie consolidée et uniforme de la numérisation pour les phases de planification, construction, exploitation et maintenance, et enfin pour la déconstruction d’ouvrages. C’est une initiative prise par un ensemble d’acteurs de la sphère de la construction, notamment : Bauen digital / buildingSMART Switzerland, le Centre Suisse d’Etudes pour la rationalisation de la construction (CRB), les Chemins de Fer Fédéraux suisse (CFF), la Société suisse des Ingénieurs et des Architectes (SIA) et un ensemble d’associations et institutions. Pour plus d’informations : https://bauen-digital.ch/assets/Uploads/CH-Glossary-digital-construction-GLO-FR-V2021.12.pdf

Les pays scandinaves :

Au Danemark, la moitié des architectes danois ont utilisé le BIM en 2006 au moins pour un projet. En 2007, l’utilisation du BIM est rendue obligatoire pour tous les projets publics dont le budget est supérieur à 5 millions de couronnes, et en 2011, cette obligation a été étendue à toutes les institutions régionales et locales pour les projets supérieurs à 20 000 couronnes.

Le Danemark a chargé les institutions de l’État (la Palaces and Properties Agency, la Danish University and Property Agency et la Defense Construction Service…) d’adopter des pratiques de BIM de plus en plus avancées, tandis que d’autres organisations et universités privées les soutiennent par des activités de recherche et de développement.

En plus de toutes ces initiatives, un premier décret (régulation 1365, votée à l’initiative de l’agence gouvernementale Bygningsstyrelsen) a été promulgué en 2007 pour introduire la collaboration sur les modèles 3D et l’identification digitale des erreurs sur les projets de construction publique. Ensuite, les projets de rénovation et de logements sociaux financés par le public passent en BIM respectivement en 2008 et 2009. En 2011, le Parlement danois étend sa législation sur le BIM à tous les projets locaux et régionaux dont le montant est supérieur à 2,7 M€. Enfin, avec les « ICT Regulations » 118 et 119, le Danemark inscrit en 2013 les exigences liées à la construction digitale qui ont désormais force de loi.

Quant à l’enseignement, les universités prennent aussi leur part en préparant la voie et en enseignant le processus aux étudiants. L’université technique du Danemark propose dans le cadre de son programme de Master en Ingénierie civile, un cours introductif au BIM ainsi qu’une formation abordant des notions cette fois-ci plus avancées. Il en va de même pour l’école de design et de technologie de Copenhague dans laquelle sont proposés des ateliers de formation pratique.

La Norvège est parmi les pays précurseurs du déploiement du BIM en Europe. Depuis 2010, elle utilise le BIM et notamment les formats de fichier IFC pour ses projets. L’acteur majeur de ces avancées est l’organisation buildingSMART Norvège (bSN). Depuis 20 ans, l’organisation œuvre à populariser la maquette numérique et milite pour la digitalisation des métiers de l’ingénierie. En mars 2015, cette entité a supervisé la publication d’une base de données qui recense les différents usages du BIM dans l’industrie.

Quant à la commande publique, l’intégration du BIM était un élément clé dans la roadmap de l’agence Statsbygg. Cette agence gouvernementale en charge de la gestion du patrimoine immobilier, fut un des premiers organismes à développer le BIM en Norvège en faisant de l’IFC le format de référence pour ses projets. Elle fut aussi la première à requérir le BIM dans tous les contrats de maîtrise d’ouvrage publique en 2010. Et en 2013, cette agence a supervisé la publication d’un « Manuel d’utilisation » (version 1.2.1) qui liste les exigences applicables par activité et les formats préconisés.

La Finlande est le pays le plus à l’avant-garde du monde vu qu’en 2007, 90 % des bureaux d’architectes et 60 % des bureaux d’ingénierie utilisaient régulièrement le BIM. Dans la même année, elle a décrété que tous les logiciels de conception devraient obtenir la Certification IFC (Industry Foundation Class). Pour revenir un peu dans l’histoire, dès 2001, la société gouvernementale Senate Properties, responsable des actifs immobiliers publics, a commencé à promouvoir des projets avec le BIM et en 2007, elle a rendu obligatoire l’utilisation du BIM pour tous ses projets et a imposé le BIM pour les projets supérieurs à 2 M€.

Au Suède, c’est la Swedish Standards Institute (SIS) qui prend le relai de la promotion du BIM en essayant de publier depuis 1991 une série de guides sur le BIM. Après l’année 2014, la BIM Alliance Sweden a réuni les principaux organismes du secteur public et les acteurs privés, dans le but de trouver plus de ressources pour soutenir l’innovation dans la construction.

Le gouvernement suédois a lancé quelques initiatives pour faciliter la mise en œuvre du BIM au niveau public. À ce titre, des organisations d’État, telles que l’Administration des Transports Suédoise (AST) ont imposé l’utilisation du BIM pour leurs projets. En effet, en 2012, le gouvernement suédois, par le biais d’un comité de productivité, a recommandé à l’AST d’introduire le BIM et d’exiger qu’il soit largement utilisé dans le secteur de la construction. La Suède ne connaît pas de réglementation sur le BIM. Son utilisation est cependant encouragée dans le secteur public. Afin de fortifier cet encouragement, un consortium de 5 entreprises d’Etat œuvre pour la transition de ses nouveaux projets vers la maquette numérique.

Les Pays anglo-saxons 

En Royaume-Uni, le BIM niveau 2 a été rendu obligatoire en avril 2016 pour tous les projets publics. Pour les marchés privés, l’obligation du BIM a connu un tournant déterminant à cause d’un incendie qui s’est déclenché dans la tour Genfell. Cet accident a fauché la vie de 72 personnes et le Royaume-Uni a commencé à se remettre en question par rapport au respect des règles de sécurité. Pour cela, le gouvernement a rendu obligatoire le BIM pour tout projet résidentiel privé.

À Singapour, l’autorité de la construction de Singapour (BCA) a commencé à démocratiser le BIM sur tous les projets publics depuis 2015. En particulier, le gouvernement a alloué un budget de 250 millions de dollars pour sa mise en œuvre. L’organisme BCA a rendu obligatoire le BIM pour tous les projets de plus de 5000 m² et une productivité notable s’est manifestée depuis cette imposition sur tous les projets de construction.

Cette même entité a initié en 2010 la «E-soumission » pour les demandes de permis de construire. Singapour est le seul pays au monde qui a automatisé à 100 % le processus d’obtention du permis de construire concernant des projets dépassant 5000 m².

Aux États-Unis, l’utilisation du BIM est inscrite dans son ADN. C’est le seul pays au monde où cette méthode collaborative faisait partie des méthodes traditionnelles de construction. En effet, il l’a initialement développé et adopté dans les années 1970 dans l’industrie de la construction, mais sa véritable mise en œuvre a eu lieu dans les années 90. Ce n’est qu’en 1997, avec la première version du format IFC, que l’industrie américaine a pris pleinement conscience de l’importance de l’utilisation du BIM dans la construction. Certainement ce n’est pas mandaté dans tous les états mais cela viendra au fil de l’eau. En 2010, le Wisconsin a été le premier État fédéral à imposer le BIM pour tous les projets publics d’un budget total égal ou supérieur à 5 millions de dollars et pour toutes les nouvelles constructions d’un budget égal ou supérieur à 2,5 millions de dollars.

En Australie, l’adoption du BIM est en marche mais il y a de nombreuses réticences de la part des acteurs privés. Le gouvernement a créé en 2016 un groupe de travail sur les infrastructures intelligentes dans l’objectif de mettre en œuvre le BIM pour tous les projets publics de plus de 50 millions de dollars.

En Émirats Arabes Unis (EAU), la forte croissance est notable que ce soit en termes d’urbanisation ou d’économie en général. De nombreux projets colossaux ont été bâtis en mode BIM sans qu’il soit obligatoires. Le gouvernement a pris en 2014 l’initiative de le rendre obligatoire pour tous les projets de plus de 40 étages. L’adoption du BIM est lente mais il y a une grande volonté de le déployer.

En Inde, selon une étude réalisée par le RICS India, les projets résidentiels représentent soixante-huit pour cent de l’utilisation du BIM, alors que le secteur des infrastructures est le plus lent à adopter le BIM.

Au Maroc, les pouvoirs publics marocains et principalement l’organisme étatique ANEP (Agence Nationale des Équipements Publics) commencent à s’interroger sur l’utilité du BIM. À moyen terme, ils pourraient encadrer et généraliser le recours à la technologie du BIM en créant ainsi l’opportunité d’une plateforme commune d’information et de suivi technique entre les autorités locales et les acteurs du BTP. Compte tenu de l’investissement technique et humain requis pour une pleine exploitation de cette technologie, cette avancée pourrait être d’abord organisée dans le cadre des marchés publics ou les projets privés structurés en tant qu’outil de contrôle qualité.

Sur la sphère privée, plusieurs projets marocains ont été construits avec la méthode BIM. Nous en citons : le Grand Théâtre de Rabat, le Pont haubané sur l’Oued Bouregreg à Rabat, la tour Casa Finance City, la Tour Mohammed VI à Rabat, la Gare de Rabat Agdal, etc.

Au niveau de la formation continue, des mastères spécialisés ont été mis en place à l’Ecole Hassania des Travaux Publics qui en était le précurseur, à l’Ecole Mohammadia des Ingénieurs, à l’Université Polytechnique Mohammed VI et à l’Université Euro Méditerranéenne de Fès.

Les autres pays francophones

Au Maroc, les pouvoirs publics marocains et principalement l’organisme étatique ANEP (Agence Nationale des Équipements Publics) commencent à s’interroger sur l’utilité du BIM. À moyen terme, ils pourraient encadrer et généraliser le recours à la technologie du BIM en créant ainsi l’opportunité d’une plateforme commune d’information et de suivi technique entre les autorités locales et les acteurs du BTP. Compte tenu de l’investissement technique et humain requis pour une pleine exploitation de cette technologie, cette avancée pourrait être d’abord organisée dans le cadre des marchés publics ou les projets privés structurés en tant qu’outil de contrôle qualité.

Sur la sphère privée, plusieurs projets marocains ont été construits avec la méthode BIM. Nous en citons : le Grand Théâtre de Rabat, le Pont haubané sur l’Oued Bouregreg à Rabat, la tour Casa Finance City, la Tour Mohammed VI à Rabat, la Gare de Rabat Agdal, etc.

Au niveau de la formation continue, des mastères spécialisés ont été mis en place à l’Ecole Hassania des Travaux Publics qui en était le précurseur, à l’Ecole Mohammadia des Ingénieurs, à l’Université Polytechnique Mohammed VI et à l’Université Euro Méditerranéenne de Fès.

En résumé, l’ensemble des programmes BIM nationaux ou organisations gouvernementales en charge d’un programme BIM dans le monde sont :

  • Allemagne 🔗 Planen Bauen (Groupe de travail sur le BIM de l’Allemagne)
  • France 🔗 ADN Construction (Association du développement du numérique)
  • Finlande 🔗 Senaatti (Propriétés du Sénat)
  • Pays-Bas 🔗 Rijkswaterstraat (Ministère de l’infrastructure et de l’environnement) et RGD (Ministère Néerlandais d’intérieur)
  • Norvège 🔗 Statsbygg (Direction norvégienne de la construction publique et de la propriété)
  • Danemark 🔗 Bygningsstyrelsen (Agence danoise des bâtiments et de la propriété)
  • Suède 🔗 SIS (Swedish Standards Institute)
  • Espagne 🔗 Comisión para la implantación de la metodología BIM (Commission chargée de la mise en œuvre de la méthodologie BIM)
  • Royaume-Uni 🔗 Centre for Digital Built Britain (Groupe de travail sur le BIM du Royaume-Uni)
  • Singapour 🔗 BCA (Building and Construction Authority)
  • Inde 🔗 RICS India (Royal Institution of Chartered Surveyors)
  • Suisse 🔗 KBOB (Conférence de coordination des services de la construction et des immeubles des maîtres d’ouvrage publics)
  • Maroc 🔗 ANEP(Agence Nationale des Equipements Publics)


Sources :

Co-rédigé par  Yousra TALHA, Responsable département BIM et Zakariae ELJEMLI, consultant en stratégies digitales

Write a Message

Your email address will not be published.

Related Posts

Enter your keyword